Bussy-le-Repos à travers les âges

Origine du nom : des forêts de buis et des chevaux qui boivent

Notre village tire son nom de 2 origines : Bussy vient du latin « buxus », lieu planté de buis, « le Repos », plus tardif, signale l’installation d’un relais appelé « Le reposoir », halte bien venue pour les chevaux qui venaient de monter les 6 km de la côte de Villeneuve. Ce bâtiment fut malheureusement démoli en 1978. Il n’en reste que le puits.
Les habitants de Bussy-le-Repos se nomment les Buxoises et les Buxois, appellation assez récente.

Celtes, Sénons, Romains : des militaires et de la vaisselle qui se vend bien

Aucun monument ou site archéologique datant de la préhistoire n’a été trouvé sur la commune. Par contre, le hameau de Château, situé pour sa partie la plus ancienne sur Bussy, occupe le plus important oppidum des Gaulois Sénons, bien placé pour surveiller la vallée de l’Yonne. Ce « camp » a sans doute été investi par César au cours de la guerre des Gaules. Le site (6km de circonférence) était entouré de larges fossés dont on voit encore le dessin. On y a retrouvé des monnaies gauloises et de nombreuses poteries.

De l’autre côté de la route Villeneuve/Bussy, sur les terres de la ferme de Montgomery, un habitant de Villeneuve, le docteur Georges Bolnat entreprit des fouilles et l’on découvrit un atelier de céramique gallo-romain, site majeur, sans doute le second en importance de la Bourgogne romaine, comprenant 24 fours en bon état. Cet atelier fabriquait de la vaisselle courante, assiettes, écuelles, coupes, jattes, marmites, cruches  à anses et autres… une production très abondante dont on retrouve des éléments jusqu’au sud du bassin parisien. Beaucoup de ces objets peuvent être admirés au musée de Villeneuve-sur-Yonne.

Bussy : géopolitique au XIIème siècle

2 faits indéniables aboutirent à la création de notre village :

Le premier est la grande puissance de l’Archevêque de Sens,
établie depuis le 3ème siècle. Les territoires  de l’archidiocèse couvraient non seulement le Sénonais proprement dit, mais aussi le Gâtinais, le Melunais, une partie de la Brie, autour de Provins, et une partie de la Beauce autour d’Etampes.
Le second est le développement spectaculaire de la famille de Courtenay qui possédaient de grands biens dans notre région. Le seigneur de Courtenay devint si puissant qu’il  « accepta » de donner sa fille en mariage au fils cadet du Roi de France Louis VI, à condition que celui-ci, Pierre,  prenne le nom de…sa femme ! Ainsi naquit ainsi la branche « capétienne » des Courtenay qui devinrent ensuite empereurs de Byzance… mais ceci est une autre histoire, qui nous éloigne bien loin de Bussy-le-Repos !
Guillaume  et pierre de courtenay
En 1174, fut donc signé un accord, appelé « contrat de paréage » par lequel 2 grands seigneurs, Pierre de Courtenay, frère du nouveau Roi de France, Louis VII, et Guillaume aux Blanches Mains, Archevêque de Sens, officialisent la création de Bussy (Bussiacum apud Ardillos)  : « Villa ibidem construetur » (ils vont construire un village) dont ils se partageront les revenus. Un prévôt prêtera serment de fidélité aux 2 signataires.
Cette création suit de peu celle de Villeneuve-le-Roi et s’inscrit dans la volonté de développer  le domaine royal vers la Champagne et l’important commerce qu’y s’y pratiquait. N’oublions pas que le premier édifice construit à Villeneuve fut le pont, voie royale vers Troyes et ses célèbres foires.
Poussée du domaine royale vers la champagne


Bussy fit partie de ces nouveaux établissements qui se développèrent peu, les rois de France encourageant et dotant abondamment Villeneuve-le-Roi au détriment des villages environnants. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un témoin important d’une étape décisive dans l’aménagement du domaine royal au Sud du Bassin parisien.


Les horreurs de la guerre

Nous possédons très peu de documents sur Bussy même pour la suite de la période moyenâgeuse. Nous savons que Villeneuve était le siège d’un baillage royal dont dépendaient une trentaine de paroisses, dont Bussy.

 Nous ne pouvons que rattacher son histoire à celle de la région dont le développement fut freiné
par les batailles, les destructions et disons-le, les horreurs de la guerre de Cent ans, puis par celles des Guerres de Religion.

Pendant la guerre de Cent ans, le Sénonais était une véritable « marche » entre les partisans du Roi, et ceux des Anglais alliés aux Bourguignons. Incursions et pillages ravagèrent la région. Une trace bien précise témoigne de la  présence des Anglais à Bussy : l’ancien camp dit« de César » porte encore sur le cadastre d’aujourd’hui le nom de Camp des Anglais.
De 1421 jusqu’à 1430,les habitants de la région subirent réquisitions, pillages et exactions de la garnison anglaise installée à Château. Le pays fut ravagé, les châteaux détruits, et la population décimée.

De nombreux colons, venus principalement de l’Ouest de la France, furent d’ailleurs appelés à exploiter les terres laissées en friche pendant 100 ans et sur lesquels la forêt avait repris ses droits. Ceci se vérifie par le nombre de hameaux de Bussy et de ses environs portant des noms se terminant en « eau », « au », « ault », terminaison typique des patronymes du Bas-Poitou et de la Charente : les Joliveaux (ancienne orthographe), les Philippaux, les Favereaux, les Ligault, les Martineaux, etc. On peut penser que dans la deuxième moitié du XVème siècle, une activité normale reprit sur cette belle terre de plateau propice aux cultures.

Photo dalle de l'église


" Yci gitsent les corps de guillaume clément et guillemette leclerc, sa feme, en leurs vivens laboureurs et marchands demeurant à bussy-le-repous, qui trespassèrent, savoir le dit clément le cinquième iour de juillet l’an mil VXXXII, et la dite guillemette leclerc, sa dicte feme, le VIIIe iour de decembre, l’an mil cinq cens LXXI, priez dieu pour eux "




La spectaculaire dalle funéraire qui orne l’église de Bussy-le-Repos pourrait être la preuve d’un renouveau économique du village. Le couple Clément/Leclerc y  sont dénommés "laboureurs et marchands". Ce ne sont donc pas des "seigneurs" ou même des bourgeois, et pourtant la taille de la dalle, la  beauté de la gravure, les vêtements qu’ils portent, dénotent une aisance certaine. Bussy n’était pas un village misérable !




massacre des protestants à SensMalheureusement, de nouveaux désastres se déployaient dans la région. Les guerres de religion y firent rage et le Sénonais fut particulièrement touché par cette véritable guerre civile. Ce n’est pas le propos de ces pages de détailler les 8 guerres qui se succédèrent entre 1562 et 1598, causant ainsi 36 années de troubles dans toute la France. Disons seulement que Sens, et dans son sillage Villeneuve choisirent de s’opposer radicalement aux Huguenots, après que Villeneuve ait été rançonnée, pillée et incendiée par les protestants de Champlost et de Tonnerre. Un véritable massacre fut organisé à Sens par les catholiques les plus extrémistes (les « Ligueurs ») dont l’horreur est littéralement indescriptible. Le calme ne revint dans la région qu’après l’avènement d’Henri IV que les Sénonais avaient pourtant violemment combattu.

On peut espérer que Bussy, petite paroisse rurale, n’a pas trop souffert de ces troubles. Rien pour l’instant ne signale un quelconque engagement de notre village. L’ambiance ne devait cependant pas être au calme…..

Une paroisse bien tranquille, mais très près d’une ville enrichie par sa rivière

L’activité de Bussy-le-Repos fut essentiellement rurale pendant toute la période qui suivit. Tout le monde travaillait aux champs, ou aux bois,  chaque ferme avait ses bêtes, vaches, moutons, cochons, et
animaux de basse-cour. Les générations vivaient ensemble et pratiquement en autarcie, chacun ayant son verger,  son potager et souvent sa vigne.

Carte 4 maisons de Bussy-le-repos


Le bourg ne s’agrandit pas : en  1771 on repère sur un plan de l’époque 4 maisons groupées autour de l’église…. et du cimetière,implanté, comme partout, également autour de l’église. La grande dispersion des hameaux n’aident pas à donner une vraie vie à la paroisse.




Par contre, Villeneuve est devenue un centre commercial et artisanal actif avec l’exploitation et le travail du bois, les tanneries, le commerce du vin, les tuileries (une des plus réputées était la tuilerie de Haute-Epine, sur la limite de Bussy-le-Repos). Bientôt Villeneuve découvre le potentiel de sa rivière : le faubourg Saint-Laurent devient un grand port fluvial, les métiers de la batellerie recrutent à tour de bras: le bois de la région chauffe Paris, le roi aime le vin de Villeneuve, les coches d’eau remplacent les diligences…. Et les marchands locaux font fortune !
Aucun doute, Bussy profite de cet essor : lieu  de passage entre le Gâtinais et l’industrieuse vallée de l’Yonne, le village voit quelques familles agrandir leurs terres,  acheter des charges royales et s’intégrer dans la nouvelle et riche bourgeoisie de la région.

Le temps du Prince de Saxe

 
Portrait prince de Saxe
Lorsque Xavier de Saxe, oncle du futur roi Louis XVI, décida de s’installer en France, il chercha à acheter un domaine. On lui proposa alors le château de Chaumot, à vendre depuis 10 ans par Madame Delpech, veuve d’un riche Fermier Général. Chaumot lui fut donc cédé le 7 mai 1766 pour la somme d’un million vingt mille livres. Le domaine était considérable : les biens acquis par le prince de Saxe étaient répartis sur une quinzaine de paroisses : Vernoy, Domats, Foucherolles, Savigny, Bussy-le-Repos, Egriselles-le-Bocage, Cornant, Courtoin, Saint-Hilaire-les Andrésis, Rousson, Marsangy, Piffonds, évidemment Chaumot et bien d’autres. La totalité représentait à peu près 3000 ha.

C’est ainsi qu’il acquit la seigneurie de Bussy-le-Repos aux moines de Saint-Sauveur, seigneurs de Bussy jusqu’alors.
Il s’installa à Chaumot en 1771, mais se désintéressa très vite du château dans lequel il avait pourtant fait de considérables travaux, acheta une autre propriété dans l’Aube et y fit transporter mobilier et cheminées et même « une truie prodigieusement féconde qui lui donnera force cochons de lait qu’il aime beaucoup. »
Le prince de Saxe fut considéré comme un « bon seigneur », regretté lors de son départ, malgré les difficultés qu’il rencontra avec la population à laquelle il voulait retirer le droit de chasse qu’elle possédait depuis la création de Villeneuve. Incompréhension saxonne !
Ses intendants restés sur place continuèrent à administrer ses biens avec sérieux et compétence. Mais le château était vide et inoccupé. Et les temps étaient en train de beaucoup changer……

Une révolution qui change de manières


Gravure états généraux
Aucun trouble majeur ne marqua  la première période révolutionnaire. Les notables de la région étaient plutôt acquis aux « idées nouvelles » : développement des loges maçonniques, déchristianisation bien préparée par l’attachement au jansénisme, absence de « seigneurs » trop exigeants ou seigneuries acquises par la bourgeoisie enrichie et pourvue de charges, on se ralliait volontiers à l’idée que l’époque devait évoluer.

 Les paysans, eux, (qui composaient la majeure partie de la population de Bussy) continuaient à suivre le rythme des saisons, les bonnes années succédant aux moins bonnes, la pauvreté se faisant cruellement sentir lorsque l’hiver était mauvais. Ce fut le cas du terrible hiver 88/89,  pendant lequel nous savons que le Prince de Saxe « s’émut » pour les habitants de son domaine et fit distribuer à chacun des « bichets » de blé (un bichet correspondait à peu près à 38 livres). Bien sûr, les pauvres gens coupaient du bois un peu partout, le rare gibier était braconné, mais aucune révolte ni répression ne s’en suivit.

Menu de Chomorceau

Menu de Chomorceau, représentant du Tiers-Etat aux Etats généraux de 1789 pour Villeneuve et ses paroisses rédige un cahier de doléances très modérées, la Grande Peur épargne nos villages, aucun excès n’est à signaler. Le nouvel ordre parait s’installer calmement.
Un bruit commence à courir : le château de Chaumot cache "quantité d’aristocrates" ! Qu’à cela ne tienne : le régisseur du Prince, Brasseur, convoque le Corps municipal de Villeneuve, les bâtiments sont visités de fond en comble : tout est vide, "sauf 3 chambres avec un lit", pas d’armes, de munitions, pas le moindre aristocrate…… et Brasseur invite les 13 "inspecteurs" à dîner !


Chaque mois, le boulanger de Villeneuve, Sommier, est prié par le Prince de fournir 148 livres de pain à distribuer aux «  pauvres » du village. Se crée à Villeneuve un comité de subsistance pour secourir les habitants affamés par la disette de 89 : Jacques Moreau de Bussy, procureur au Parlement de Paris, et son fils Louis-Cyprien Moreau des Joliveaux en sont d’ardents animateurs : Mégret de Sérilly donne 3000 livres,le Prince de Saxe 3000 livres, le procureur Moreau de Bussy tout autant : on récolte 25 000 livres, somme considérable qui permet de nourrir environ 500 personnes pendant 5 mois. La fraternité entre classes sociales  se manifeste donc sans hésitations.
L’Archevêque de Sens accepte la constitution civile du clergé, beaucoup de prêtres du diocèse le suivent.
Bussy devient une commune, son premier maire s’appelle Valtat… la vie continue.

Elle change en 92, avec l’arrivée de 2 Commissaires de Paris à Villeneuve. Chargés de l’élimination des conspirateurs, ils échauffent les esprits, la population s’énerve, la foule se forme, on monte à Chaumot, au passage sans doute, on met le feu au presbytère de Bussy. Chaumot est vide, le Prince a regagné sa Saxe natale, ses intendants et régisseurs ont prudemment disparu. Les émeutiers s’attaquent aux plombs de la couverture, les arrachent pour faire des balles, on démolit la machine hydraulique, on descend tout à Villeneuve…les plombs ne seront jamais utilisés et le « Petit Versailles » du nouveau canton de Villeneuve-sur-Yonne va s’écrouler au cours des années.
Ce sont les tristes années de la Terreur, Villeneuve et Sens voient passer les Marseillais qui montent à Paris et massacrent au passage les façades de l’église de Villeneuve et de la Cathédrale, on dénonce, on arrête, on guillotine…
Le philosophe Joseph Joubert, (voir chapitre « Célébrités »), jusque-là très ouvert aux idées nouvelles mais horrifié par le procès du Roi, se retire de toute activité  politique, et se refusera toujours à exprimer une opinion sur la question. Il s’installe à Villeneuve et épouse la sœur d’un notable de la région, Louis-Cyprien Moreau des Joliveaux, Victoire Moreau de Bussy. Il recueille à Villeneuve Pauline de Beaumont qui, au château de Passy, a miraculeusement échappé à la guillotine. Il vient à Bussy pour les vendanges…. Cultivons notre jardin !

                                                                                                                                    (à suivre...)