Les célébrités de Bussy-Le-Repos

Mademoiselle Thénard

A toute dame, tout honneur ! Commençons donc par une femme, bienfaitrice de notre village.
Personne d’une bonté et d’une charité sans limites, Mademoiselle Louise, Caroline, Marguerite Thénard était la petite-fille du savant chimiste Louis Thénard, (1777-1857) inventeur de l’eau oxygénée, du bleu de cobalt, et de bien d’autres applications toujours utilisées.

Photo Louis Thénard Louis Thénard était fils d’un laboureur établi près de Sens. Enfant surdoué, il fut « pris en main » par le curé de Villeneuve-l’Archevêque,  fit des études à Sens dans un collège religieux qui ferma lorsqu'éclata la révolution. Grâce à l’appui du Curé qui le suivait depuis son enfance, grâce aussi à sa mère qui avait compris à quel point il était doué, il partit pour Paris continuer ses études tout en exerçant le métier de préparateur dans le laboratoire de Louis-Nicolas Vauquelin. On dit que son père l’aurait bien gardé à la maison pour donner un coup de main à la ferme…mais les mères sont souvent plus fines que leur époux pour assurer l’avenir de leurs enfants !


Toujours est-il que la carrière de Louis Thénard fut fulgurante. Très rapidement,il devint un professeur très apprécié, titulaire des Chaires de Chimie au Collège de France, à la Faculté des Sciences et à l’École Polytechnique, Doyen de la Faculté des Sciences de Paris, Vice-président du Conseil royal de l’Université, et enfin Chancelier de l’Université où lui succéda Adolphe Thiers……

 Il réalisa une fortune considérable, due entièrement à son génie et à son travail et à l’exploitation de ses nombreuses inventions, et fut fait baron par Charles X. Député de l’Yonne, il intégra la Chambre des Pairs sous Louis-Philippe.

Bois Leg ThénardEn 1830, lorsque Casimir Périer vendit une  partie du domaine des héritières du Prince de Saxe dont elles s'étaient séparées en 1809, il acheta de nombreux biens sur plusieurs communes de la région. Il fit aménager une grande ferme à Chaumot, en y ajoutant 2 tours provenant des ruines de l’ancien château.. Il eut plusieurs enfants. L’un d’eux, chimiste également, n’eut qu’une fille, Mademoiselle Marguerite Louise Thénard qui hérita donc seule de la fortune de son père, dont  la totalité des biens situés sur Bussy-le-Repos, Chaumot, Rousson, Marsangy, et Villeneuve-sur-Yonne.

Mademoiselle Thénard ne se maria pas et manifesta  toujours la volonté très ferme de faire du bien aux malheureux et de leur venir en aide. Elle légua ainsi entre 1914 et 1916 :
-    à l’assistance publique, 3 000 000 F (soit entre 6 et 7 millions d’euro !),
-    aux hôpitaux les plus nécessiteux de Paris, 200 000 F,
-    aux Religieuses de la Congrégation des filles de la Charité,900 000 F,
-    à l’hôpital hospice de Trainel (Aube), 50 000 F,
-    à l’hôpital de Villeneuve-sur-Yonne 50 000F,
-    à d’autres organismes dont 1 million de francs or à la Croix-Rouge !

Elle avait déposé en 1915 chez un notaire à Paris un testament dans lequel elle désirait que ses biens fonciers, ses bois, ses fermes, ses maisons à Chaumot et environs restent « au pays » et servent à des enfants orphelins nécessiteux (n’oublions qu’on était en guerre et que les orphelins étaient tous les jours plus nombreux) : les revenus du domaine devaient être consacrés à « les élever, les instruire, les éduquer, les soigner si nécessaire. »

Le testament fut, bien entendu, contesté par ses neveux  éventuels héritiers, et il s’en suivit un long procès qui ne se terminera qu’en 1948 par un arrêt de la Cour d’appel de Paris : les 5 communes intéressées étaient maintenant bénéficiaires du legs.

Demeure Leg Thénard
Toutefois, particularité juridique assez exceptionnelle, l’administrateur judiciaire des biens dut verser à la famille Thénard, pourtant déboutée, la totalité des revenus compris entre 1916 et 1935 ! Pour les années 1935 à 1948, la période étant considérée comme exceptionnelle, le tribunal ne leur alloua  qu’un forfait de 578 500 Francs . Cette transaction mit fin à l’affaire.


Le legs Thénard est confié par la tutelle préfectorale à un syndicat intercommunal géré par un conseil d’administration de 10 membres (2 par commune) désignés par les Conseils Municipaux de
Bussy-le-Repos, Chaumot, Marsangy, Rousson, Villeneuve-sur-Yonne.
A Bussy-le-Repos les délégués sont actuellement :
-  Marie-Thérèse d’Arjuzon
-  Sébastien David de Sauzea.

Les recettes du syndicat proviennent de la vente des bois (411ha23a), les locations de 5 logements à la Haute Epine, les revenus de 5 baux agricoles (147ha), 2 baux emphytéotiques (le Moulin Neuf, les bâtiments de l’ALEFPA, ancienne ferme Thénard), 3 locations de chasse, les revenus des placements financiers effectués en 2001 suite à l’indemnisation des dégâts subits lors de la tempête de 1999.


Joseph Joubert

Joseph Joubert
Joseph Joubert, philosophe, penseur et moraliste, n’est pas un enfant du pays. Né à Montignac (Périgord) en 1754, il passa néanmoins une grande partie de sa vie dans notre région : à Villeneuve et aux Jolis-Vaux dans des maisons qui appartenaient à la famille de sa femme.

Joseph Joubert était le second enfant d’une fratrie de 13. Son père, chirurgien militaire puis aubergiste, et sa mère, à laquelle il voua toujours une ardente affection, paraissent d’origine assez modeste. Joseph fera pourtant des études poussées au collège de l’Esquille, à Toulouse, avant de « monter » à Paris en 1778, où très vite, il intègre la société intellectuelle de l’époque. Il se lie avec d’Alembert, devient l’amant de Madame Restif de la Bretonne, travaille avec Diderot, rencontre Châteaubriand duquel il restera l’ami le plus cher, Fontanes, futur Grand-maître de l’Université…

Chateaubriand
Ce sont ses années de « bohême intellectuelle » pendant lesquelles il s’imprègne des idées du siècle des lumières.

Puis un jour, il vient à Villeneuve « visiter un parent ». Il rencontre la petite société de notables locaux, parmi laquelle se distingue la famille Moreau, il engage une correspondance avec Victoire Moreau, fille du procureur au Parlement de Paris, Jacques Moreau de Bussy et soeur de Louis-Cyprien Moreau des Joliveaux…..l’épouse en 1793 et s’installe dans l’Yonne. Il y passera de nombreuses années, alternant « ses retraites » avec des séjours à Paris, et y recevra toute l’élite intellectuelle de l’époque dont, à plusieurs reprises le ménage Châteaubriand.
Il s’est lié d’amitié avec la famille d’Etigny de Sérilly, propriétaires du château de Passy, presque  tous guillotinés pendant la Terreur, et recueillera à Villeneuve leur cousine Pauline de Beaumont, cachée dans les environs par un vigneron. Ce sera la grande amitié amoureuse de sa vie, que n’interrompra pas «le « coup de foudre » qu’éprouveront Pauline et François-René de Châteaubriand quand il les fait se rencontrer !

Photos Passy et Pauline de Beaumont

                               

Autour de Pauline de Beaumont se crée la « Petite société », un club de lettrés qui goûte apaisement, bonheur et gaieté après les tourments de la Révolution.  Ils se donnent des noms d’animaux : Châteaubriand est « le chat », Pauline « l’hirondelle », Joubert « le cerf », Fontanes « le sanglier », Madame Joubert « le loup », Madame de Staël « le léviathan », Chênedollé « le corbeau de Vire ». Seul Mathieu Molé, familier de la petite société, ne recevra pas de surnom…

Joubert écrit. Il écrit beaucoup. Mais il ne finit jamais rien. Et ne publiera jamais rien. Ce qui fait dire à Jean d’Ormesson : « Joubert, une absence d’œuvre monumentale ». Mais laissons un peu parler cet écrivain délicieux et énigmatique, « cette âme qui avait rencontré un corps par hasard et qui s’en tirait comme elle pouvait », « cet égoïste qui ne s’occupait que des autres », ce pessimiste exigeant, suprêmement élégant, au commerce délicat, que Villeneuve et Bussy accueillirent pour qu’il y note ses rêves, ses doutes et nous donne à réfléchir sur ce qui façonne la pensée humaine.


( à suivre….)

-    Une pensée est une chose aussi réelle qu’un boulet de canon
-    Les enfants ont plus besoin de modèles que de critiques
-    Nous vivons dans un siècle où les idées superflues abondent, et où on n’a pas les idées nécessaires
-    La justice est le droit du plus faible.
-    Dieu est le lieu où je ne me souviens pas du reste
-    Quand mon ami est borgne, je le regarde de profil
-    Pour descendre en nous-mêmes, il faut d’abord nous élever
-    Légion d’honneur : distinction de n’en être pas
-    Le soleil peint dans une goutte de rosée
-   L'enfant est né : je me suis promené dans le petit jardin et dans les bois de Chaumot, j’ai entendu le rossignol…


 

Paul Sédille (1836-1900)

Bois-RondArchitecte et théoricien de renom, Paul Sédille épousa en 1864 Louise Soyer, fille d’un riche propriétaire de Bussy-le-Repos, installé à
Bois-Rond, ce qui lui donna l’occasion de s’intéresser à la région et d’y exercer ses talents. C’est ainsi qu’il rasa la propriété de son beau-père et construisit à la place le nouveau «château »de Boisrond qui ressemble plus à une villa italienne qu’à une demeure bourguignonne, éleva la ferme modèle des Sèves, le marché couvert de Villeneuve-sur-Yonne, et termina la mairie de Bussy juste avant de mourir en 1900.

Photo oeuvres Sédille

 Mais son œuvre dépassa de beaucoup les limites de notre canton. Son œuvre la plus connue est certainement la reconstruction des Bâtiments des grands magasins du Printemps, ravagés par un incendie en 1881, d’une audace architecturale et décorative tout à fait nouvelle. Il réalisa également le pavillon polychrome du Creusot pour l’Exposition Universelle de 1878, la rénovation du théâtre du Palais-Royal, la basilique du Bois-Chenu, dédiée à Jeanne d’Arc, à Domrémy-la-Pucelle, la faïencerie Loebniz dans le XIème arrondissement et bien d’autres hôtels et maisons dans la région parisienne.

Il fut en France le théoricien de la polychromie architecturale et publia de nombreux articles et ouvrages défendant avec vigueur le point de vue de son époque que l’on appelait « réalisme architectural ». Non content de bâtir, il exposa presque chaque année au Salon des artistes français des toiles inspirées de l’école de Barbizon, fut un sculpteur réputé… et un des premiers à s’intéresser aux bonsaïs, après leur présentation à l’Exposition universelle de 1878 !